mardi 20 juin 2017

L'ascension de l'âme dans la prière des morts mandéenne

         Le mandéisme, une religion gnostique dont les origines pourraient remonter aux trois premiers siècles de notre ère, perpétue, encore aujourd’hui, un rite funéraire appelé masiqta (« ascension »). Celui-ci consiste, dès la mort du croyant, à accomplir des baptêmes, à réciter les écritures sacrées et à organiser des banquets rituels afin d’aider l’âme du mort à monter jusqu’à sa destination, le lieu de Hiia (« Vie »), le souverain du monde de lumière. L’ascension, qui dure quarante-deux jours, est marquée par différentes étapes : après avoir franchi plusieurs « tours de garde » (maṭarata), qui ne laissent passer que les êtres purs, l’âme doit subir une dernière épreuve, celle de la balance, qui consiste à peser les péchés et les bonnes actions du défunt. Une fois arrivée à destination, l’âme est revêtue de lumière et devient un uthra, un esprit de lumière. L’âme, qui était tombée dans le monde de la matière, revient dès lors à celui de la lumière, sa résidence originelle. 

            Le Ginza, le livre le plus sacré du mandéisme, contient un magnifique chant décrivant l’ascension de l’âme, le franchissement des tours de garde et son arrivée dans la lumière de Vie. Je propose une traduction de ce chant extrait du Ginza de gauche (III, 12), accompagné du texte mandéen édité par Heinrich Petermann en 1867. En voici un extrait : 


Combien je me réjouis et combien se réjouit mon cœur ! 
Combien je me réjouis le jour où ma lutte se dénoue, le jour où se dénoue ma lutte. 
C’est vers le lieu de la Vie que je me rends. 
Je m’envole et je m’en vais jusqu’à ce que j’atteigne les courants d’eau. 
Lorsque j’atteignis les courants d’eau, un flot radieux se déversa sur mon visage. 
Il me saisit par la paume de la main droite et me fit passer les courants d’eau. 
On apporta l’éclat et on m’en revêtit. 
On apporta sa lumière et on m’en couvrit.


Baptême mandéen.
Persécutés, les Mandéens ont fui, pour la plupart d'entre eux, l'Irak et l'Iran, leur berceau, pour vivre en Amérique du Nord, en Australie et en Europe.