vendredi 2 septembre 2016

Das menschliche Leben de Christian Hoffmann von Hoffmannswaldau

     Je propose ci-dessous une traduction d'une pièce poétique de Christian Hoffmann von Hoffmannswaldau, poète baroque allemand du XVIIe siècle. Dans Das menschliche Leben (« La vie humaine »), il décrit avec fatalisme les vicissitudes de l’existence humaine, dont les peines et les épreuves éclipsent souvent les joies, rares et éphémères. 

       Ma traduction est téléchargeable en PDF ici. Pour le texte allemand, voir Die deutsche Gedichte des Siebzehnten Jahrhunderts, éd. Will Vesper, Munich, 1921, p. 87-88 (consultable en ligne).



La vie humaine

de Christian Hoffmann von Hoffmannswaldau

Combien fragile à l’homme paraît la fortune !
Les épines jonchent sa route, 
Il perçoit plus d’éclairs que de solaires éclats
et bien rarement peut-il caresser les roses.
Le berceau ne fleurit sans verser de chaudes larmes
ni la jeunesse n’apprend à marcher sans choir.
Pour moitié elle doit se consumer, pour moitié se languir,
Et entre la tempête et de stériles écueils se tenir.

Souvent cherche-t-on son plaisir dans des vents 
délicatement brisés comme dans les orties.
On traverse des chardons pour parvenir aux péchés
et de fausse nourriture on se sustente.
On plaisante hardiment sur les sommets d’abrupts monts
et le danger s’appelle distraction.
On s’appuie sur des cannes à moitié vermoulues,
Qui sont capables de précipiter l’âme et le corps.

La félicité elle-même nous ramène aux peines,
Nous ne voyons guère de gai vallon ;
les chandelles de la fête, mainte fois, nous éclaire
vers le passage des complaintes qui mène au palais des deuils.
Le cuisinier des afflictions sale trop tous nos mets
et pour sucre répand l’absinthe.
La lèvre rira, la bouche chantera des mélodies enjouées
lorsque notre cœur se trouvera dans le voile drapé.

Sur des épines et pics nous nous couchons 
et notre repos et plaisir ainsi troublons.
Si l’ennemi, pourtant, à l’abri nous assied,
l’ennemi en notre giron se déchaîne.
La plus grande détresse pousse hors de nos propres mains.
Nous assaillons et notre cœur et notre maison,
et quand bien même un étranger ne daignerait nous aveugler,
nous nous arrachons, hélas, nous-mêmes les yeux.

Nous titubons ainsi, comme ivres, hors de la vie,
riches en félicité, pauvres en biens,
jusqu’à ce que nous rendions à la mort son tribut,
qui dans la chair et le sang nous fait trésaillir.
On voit alors des hommes l’éclat se ternir.
Le vernis s’effritte, son fondement se dissipe.
On ne trouvera même pas à la fin notre tombe,
si l’hypocrisie n’en lustre la pierre.