vendredi 2 octobre 2015

Al Mowafaqa : la maison de la sagesse de Rabat


    À l’abri du tumulte urbain, l’institut al Mowafaqa possède ses quartiers dans une magnifique bâtisse néo-mauresque située non loin de la place de l'Unité Africaine à Rabat. Derrière son antique porte d'entrée se dévoilent de vastes salons aux riches boiseries ouvragées, dont l'exquise beauté passée ne manque pas d'attirer l'œil du visiteur curieux. Dans le paradis floral de la cour intérieure, le contemplatif est accueilli par les fragrances et multiples éclats de couleur. Les chambres, étagées dans leur tour de sommeil, offrent au voyageur éreinté le repos tant désiré. 
Lieu de villégiature ? On le croirait pour peu mais nous sommes bien dans un institut de théologie. Fondé il y a trois ans par les Églises catholique et protestante du Maroc, l’institut Al Mowafaqa (qui signifie « concorde » en arabe) est un endroit unique au royaume. Il se donne pour première mission de dispenser une formation théologique aux chrétiens du Maroc. Provenant, pour la plupart, d’Afrique sub-saharienne, les étudiants d’Al Mowafaqa sont des travailleurs expatriés, des étudiants, des membres de congrégations religieuses, des pasteurs et des prêtres. Certains, appelés à exercer des responsabilités dans leur paroisse marocaine, viennent parfaire leurs connaissances en langues bibliques et en théologie. D’autres, comme les jeunes luthériens sénégalais, acquièrent ici la formation indispensable qui leur permettra d’assumer les charges pastorales qui les attendent une fois de retour au pays. À cette fin l’institut délivre une licence de théologie, reconnue par l’université de Strasbourg et l’institut catholique de Paris. Les cours sont assurés, tout au long de l’année, par des professeurs européens et africains sous la forme de sessions intensives. 
La diversité culturelle, linguistique et confessionnelle des étudiants de l’institut lui assure une richesse à laquelle chacun prend part et contribue. La méditation biblique que les étudiants préparent à tour de rôle, chaque matin, en témoigne éloquemment ; ce moment est l’occasion de s’unir et prier, au-delà des dénominations confessionnelles, autour de la divine Parole. Point n’est besoin de rêver l’unité de l’Église ; de tels moments montrent qu’elle est une profonde et émouvante réalité. Lieu de dialogue ouvert sur la société marocaine, l’institut promeut également la rencontre des cultures et des religions. Sont invités islamologues et professeurs d’arabe qui initient les élèves à l’exégèse du Coran et à la théologie musulmane. Concerts et évènements culturels contribuent à cette renommée que l’institut entend défendre.
C’est dans cet institut que je fus convié, du 12 au 19 juillet 2015, à donner un cours d'hébreu biblique. J’eus le plaisir d’étudier et traduire avec mes élèves des textes bibliques extraits du Pentateuque, des Prophètes, des livres historiques et des écrits de sagesse. Ce fut aussi l’occasion de réviser quelques points délicats de grammaire. Au fil des cours, le progrès des étudiants m’apparut comme particulièrement gratifiant. L’enthousiasme et l’assiduité dont ils firent preuve me comblèrent de joie. Ma modeste contribution portera-t-elle ses fruits ? Je laisse mes étudiants seuls juges. En tout cas, s’il est un compliment que je retiendrai, c’est celui que me confia un de mes élèves : « Auparavant, nous étions intimidés par notre Bible hébraïque et nous n’osions l’ouvrir, mais aujourd’hui nous ne craignons plus d’y jeter nos regards, de la lire et de traduire. » 
Parmi les textes que nous avons étudiés figure 1 Rois 5, 12-14, qui illustre l’extraordinaire sagesse de Salomon : « Salomon prononça trois mille proverbes et ses cantiques furent au nombre de mille cinq. Il parla des arbres, du cèdre du Liban jusqu’à l’hysope qui pousse sur les murs. Il parla des animaux, des oiseaux, des reptiles, des poissons. Et on venait de tous les peuples pour écouter Salomon, de la part de tous les rois qui avaient entendu parler de sa sagesse. » Souhaitons que la réputation d’Al Mowafaqa soit comparable à celle de Salomon et qu’elle parcoure la terre pour attirer à lui tous ceux qui sont avides de sagesse et de vérité. Il y a mille deux cents ans, savants et hommes de bonne volonté se rencontraient dans la Maison de la sagesse de Baghdad, que le calife al-Ma’mûn avait fondée, afin de lire et de traduire l’immense trésor des connaissances que recelaient les textes juifs, chrétiens et musulmans. Aujourd’hui, juifs, chrétiens et musulmans se retrouvent à Al Mowafaqa pour s’instruire, dialoguer, se comprendre. À bien des égards, Al Mowafaqa semble bien devenir la maison de la sagesse de Rabat.
Je remercie du fond du cœur Bernard Coyault, le directeur de l’institut, sœur Pascale Bonef, Marie-Odile Diouf Ndour, les employés de l’institut et bien sûr tous mes élèves, que j’ai hâte de retrouver pour de nouvelles aventures. Je leur sais gré de leur formidable accueil et de leur gentillesse.
    Si vous voulez connaître et soutenir l’institut, vous pouvez faire un tour sur leur site internet : http://www.almowafaqa.com/

L’institut al-Mowafaqa à Rabat