lundi 14 septembre 2015

L'apocalypse selon Pilate

        Dans une curieuse légende géorgienne, inspirée du martyre d'Étienne dans les Actes des apôtres (Actes 7, 55-60), j'ai relevé un passage pour le moins étonnant. Dans cette oeuvre assez courte, nous lisons le récit suivant : Étienne, « docteur de la Loi », se querelle avec les Juifs de Jérusalem, est arrêté puis il comparaît devant Pilate (le même Pilate devant lequel a comparu Jésus !). Pilate refuse de le condamner et Étienne est traîné devant le centurion Claude et l’apôtre Paul ; ce dernier ordonne alors à la foule de lapider le saint. Pilate, regrettant la mort d'Étienne, se lamente mais le saint lui apparaît en vision et l'invite à recevoir le baptême. À la fin du texte, comme en appendice, se trouve une brève apocalypse de Pilate, dans laquelle le procurateur romain aperçoit Étienne trônant en gloire sur des chars de feu. Cette légende, que je daterais du 5e siècle de notre ère, se révèle être une pièce de première importance pour l'étude de l'immense cycle de légendes chrétiennes autour de Pilate. Nous reproduisons ici l’apocalypse de Pilate, qui apparaît à la fin du texte, et nous en proposons une traduction :

Éd. Imnaishvili (1970), p. 247 : და ესრჱთ ვიხილე წმიდაჲ სტეფანე მე, პილატე, ზედა ათორმეტთა ვარსკულავთა მჯდომარჱ, ხოლო პირი მისი იყო ვითარცა ანგელოზისა ქრისტჱსისაჲ, და თავსა ზედა იყო ჯუარი და ფრიად ბრწყინვალებითა მისითა ვერ განვიცდიდ ხატსა მისსა. ხოლო ამისა შენდგომად ვიხილენ ეტლნი ცეცხლისანი და ვიხილე წმიდაჲ სტეფანე მათ ზედა მჯდომარჱ, და აღიყვანეს იგი უფლისა ჩუენისა იესუ ქრისტჱსა, რომელისაჲ არს დიდებაჲ და პატივი უკუნითი უკუნისამდე. ამენ.

« Je vis alors, moi Pilate, saint Étienne assis au-dessus de douze étoiles (1). Son visage était comme celui d'un ange du Christ et il y avait au-dessus de sa tête une croix, dont je ne pouvais distinguer la forme en raison de son immense éclat (2). Après cela, je vis un char de feu sur lequel saint Étienne était assis (3). Il l’emporta vers notre Seigneur Jésus-Christ, à qui appartiennent la gloire et l’honneur, pour les siècles des siècles. Amen. »

1) Cf. Apocalypse 12, 1.
2) Le terme éclat traduit ici le géorgien ბრწყინვალებაჲ, qui est justement employé en Hébreux 1, 3 pour désigner le Fils, éclat (gr. ἀπαύγασμα) de la substance du Père. 
3) Étienne est ici décrit sous les traits d’Élie sur son char de feu (voir 2 Rois 2, 11).