mardi 17 décembre 2013

Marie-Madeleine, « amante de Jésus »


          La mention de Marie-Madeleine comme la compagne (koinônos) de Jésus dans l’évangile apocryphe de Philippe n’a pas laissé de surprendre exégètes et historiens (cf. GosPhil 63, 30). Bien qu’il faille comprendre ici ce terme, probablement, dans le cadre tout particulier du rite baptismal valentinien, une telle tradition n’est pas étrangère à d’autres textes que l’on ne peut soupçonner d’hétérodoxie ou, tout du moins, de sympathies gnostisques. Ainsi, la vie latine de Marie-Madeleine et de sa soeur Marthe du pseudo-Raban Maur ne la qualifie pas moins de "dulcissima dilectrix Christi". J’ai également remarqué, dans le synaxaire arménien de Ter Israël à la date du 16 avril pour la fête des myrophores, que Marie-Madeleine est décrite comme "l’ardente ("chaude" littéralement !) amante du Seigneur" (ջերմն սիրողն Տեառն). Entendons-nous bien : il me semble peu probable que ces auteurs anonymes aient prêté quelque crédit à l’existence d’une liaison conjugale entre Jésus-Christ et la Madeleine, à la différence toute manifeste de nos préoccupations modernes (songeons un instant à l’agitation que suscita la découverte, par Karen King, d’un fragment copte mentionnant la "femme" de Jésus). Marie-Madeleine est bien l’amante du Seigneur, mais amante spirituelle... Premier témoin de sa résurrection, elle annonce la nouvelle aux disciples (cf. Jean 20, 17-18) ; c’est ainsi que la tradition aime voir en elle l’apôtre des apôtres (apostola apostolorum). 
       Marie-Madeleine et Jésus : d’où proviendrait donc cette relation si privilégiée ? Je suggère une hypothèse : lorsque Marie reconnaît Jésus, celui-ci lui répond "Ne me touche pas". Toutefois, le Noli me tangere de Jean 20, 17 pourrait se traduire autrement : "Cesse de me toucher", comme le suggère l’emploi d’un impératif présent (μή μου ἅπτου) à valeur aspectuelle inaccomplie, au lien d’un simple aoriste. Marie-Madeleine dans les bras de Jésus : le tableau est certes touchant mais reste peu assuré. Pourtant, il pourrait nous laisser entrevoir le lieu de naissance d’une tradition fort ancienne.